5 gestes du quotidien pour bien vivre la HADOPI et continuer à l’enquiquiner

September 21st, 2009 | Tags:

Le 15 septembre dernier, le Sénat a adopté la loi Création et Internet, alias HADOPI, dans sa version 2.0.
Cette saga continue à faire couler beaucoup d’encre virtuelle, et ce à juste titre.

Dans ce billet, je n’expliquerai pas en long et en large ce qu’est la HADOPI et pourquoi ce projet de loi est honteux ; La Quadrature du Net le fait déjà très bien.
Je vais plutôt vous donner quelques pistes pour continuer à jouir plus ou moins tranquillement d’Internet (et des contenus audiovisuels et multimédias) tout en ne rentrant pas dans le jeu de la HADOPI.
Parfois le ton peut être ironique, mais dans l’ensemble, tout ce qui suit est on ne peut plus sérieux.

1.Cessez autant que faire se peut d’utiliser les réseaux P2P

« Vas-y ! Et comment je fais pour regarder un an à l’avance la saison 52 des Feux de l’Amour en VO ? »

Pas de panique.
Sachez qu’aujourd’hui la plupart des grandes chaînes mettent les épisodes déjà diffusés sur leurs sites, vous permettant ainsi de les regarder en toute légalité. Le souci c’est que ces mêmes chaînes restreignent l’accès au contenu aux non résidents des États-Unis d’Amérique (généralement, c’est de chez eux que proviennent vos séries, à moins que vous ne soyez un mordu des polars éthiopiens). Qu’à cela ne tienne, il vous suffit d’utiliser un proxy pour vous faire passer pour un états-unien ; vous pourrez ainsi accéder aux vidéos en streaming sans problème, et regarder vos épisodes de façon tout à fait légale.

2. Devenez retro-gamer

À moins que vous ne soyez un jeune Kevin / kikoolol accro à Counter Strike toujours prêt à acheter la dernière console à la mode (et vu le prix, si vous pouvez vous en payer une sans souci, c’est que vous devez pouvoir vous payer les jeux qui vont avec, sinon c’est que vous n’êtes pas « quelqu’un qui ne peut pas suivre le système » mais « quelqu’un qui souhaite uniquement profiter du système », et ça, même chez les adeptes du libre, on n’aime pas trop), vous devriez songer à vous tourner vers les « vieilles » consoles et les « vieux » jeux.
Vous avez des titres qui vieillissent très bien, comme les Age of Empires, et ne croyez pas que tout ce qui n’est pas en 3D est à jeter. Vous trouverez un bon petit paquet de jeux sympathiques en trifouillant sur les sites d’abandonwares. À défaut d’être totalement légal, l’abandonware est toléré par un grand nombre de studios de développement.

Il est même à noter que certains studios passent quelques-uns de leurs vieux titres en freewares tout en libérant le code source de ces derniers. C’est notamment le cas de Revolution Software (en), et le geste est suffisamment louable (de par les temps qui courent) pour que ce soit souligné.

Bref, je pense en toute honnêteté que l’on peut éprouver autant de plaisir à jouer à un bon vieux Sonic The Hedgehog qu’au dernier opus de Final Fantasy. Qu’on ne me rétorque pas que c’est une question d’âge, puisque je connais des mômes de moins de 5 ans qui s’éclatent devant un jeu MegaDrive.

3. Faites les vide-greniers

Il faut savoir vivre avec son temps, certes. Mais doit-on obligatoirement virer tout ce qui est « ancien » dès qu’une nouveauté pointe le bout de son nez ?
Les VHS ne sont pas si terribles que ça. Oui, elles ont du grain, et alors ? Non, elles n’ont pas les bonus, et alors… vous les regardez en boucles vous ? Non, elles n’ont pas de piste en VO, et alors ? Pour les nouvelles productions, où le doublage est souvent médiocre (pour ne pas dire « terrible »), je ne dis pas, mais pour les films de plus de 12 ans d’âge, c’était encore l’époque où le doublage français était bon, et beaucoup ont fait tourner ces films en VF des dizaines et des dizaines de fois (eh oui, avant, y avait pas le DVD…) sans jamais rechigner… alors aujourd’hui sous prétexte que les VHS font rétro, on les jette ?

À moins que vous ne soyez un profiteur fini (il y a un paquet de personnes sur la toile qui n’achèteraient pas même si les producteurs proposaient des films dans leurs boîtiers avec plein de bonus et sans DRM le tout pour 1 € symbolique… ceux-là sont les vrais « pirates » oui, pas le reste de la population), dites-vous bien que les brocantes regorgent de films en VHS souvent en très bon état et qui sont vendus pour la modique somme de 50 centimes ou 1 € l’unité.
Vous pouvez aussi y trouver des consoles et des jeux plus ou moins vieux pour des prix parfois très attractifs (une GameBoy Pocket comme neuve avec piles et un jeu pour 1 €, qui dit mieux ?). Vous me direz, ce n’est pas la Playstation3, mais si vous allez faire un tour du côté des EuroCash et compagnie, vous serez surpris de voir le nombre de consoles récentes dont les jeunes souhaitent se débarrasser… quand on sait qu’ils achètent leurs consoles plus de 300 € l’unité pour se les faire reprendre par les magasins à moins de 150 € au bout de même pas un an, ça laisse à réfléchir…

4. Devenez libriste

Eh oui, le libre, c’est bien.
« Libre » ne signifie pas « gratuit », mais souvent les deux sont liés. En passant à GNU/Linux, vous pourrez avoir accès à une multitude de logiciels souvent très performants (beaucoup sont disponibles sur Windows et Mac aujourd’hui remarquez). Inutile de passer des heures à chercher un crack pour tel ou tel logiciel propriétaire payant (même un petit shareware), au risque de vous ramasser une cochonnerie au passage. Sous GNU/Linux, tout est disponible en quelques clics.
Je connais d’ailleurs peu de personnes qui une fois sous GNU/Linux ont cherché à cracker un quelconque logiciel, pour la simple et bonne raison que c’est inutile.

Bien sûr, vous pouvez vous initier au monde du libre sans changer de système d’exploitation, mais sachez qu’avec la mise en place de l’HADOPI, si vous optez pour GNU/Linux, vous n’aurez pas à acheter le pack HADOPI, véritable gouffre financier.

5. Faites la promotion des artistes qui encouragent le libre

Attention : encore une fois, « libre » ne signifie pas « gratuit ».

En dehors de quelques personnes qui estiment que tout doit absolument être gratuit, je pense que les gens comprennent très bien que les artistes ont eux aussi besoin de vivre (et ce n’est pas une musicienne qui dira le contraire).
Que leurs productions soient payantes est donc on ne peut plus logique. L’ennui, c’est quand les majors s’en mêlent, fixant des prix indécents (5,88 € un album de Michael Jackson, que l’on aime ou que l’on n’aime pas, ce n’est pas du vol ; 5,01 € le dernier single de Laetitia Larusso, que l’on aime ou que l’on n’aime pas, ça, c’est… voilà) et faisant tout pour empêcher la diffusion des œuvres (vive les DRM, toujours en circulation). Certains artistes soutiennent cette pratique.

Ne donnons pas raison (si tant est qu’il ait raison, ce qui n’est pas le cas) au PDG de Sony Music France, qui pointe du doigt les méchants pirates qui appellent au boycott de certains artistes pro-HADOPI. Sortons quelque peu du système français, spécialisé dans la discrimination / sélection négative, et tournons-nous vers un modèle plus optimiste, à l’instar du système nord-américain qui applique davantage la discrimination / sélection positive (paraît-il que dans les universités canadiennes les professeurs ne vous diront pas « tu avais 9 et maintenant tu as 10, c’est encore bien mauvais ! » mais plutôt « tu avais 9 et maintenant tu as 10, c’est bien, continue, tu progresses ! »).
Ne boycottez pas les artistes pro-HADOPI, car certains sont peut-être mal renseignés. Tâchez plutôt de mettre davantage en avant ceux qui sont contre cette loi liberticide, ceux qui tentent de concilier « gagne-pain » et « promotion de la culture » (comme certains auteurs de livres, qui vendent leurs écrits en version papier mais proposent tout de même une version numérique gratuite).
La différence ne saute peut-être pas aux yeux, mais elle est tout de même notable. On retrouve ce schéma sur les forums : au lieu de perdre du temps à démonter un projet utopique envisagé par un jeune de 12 ans, on laisse plutôt ce dernier couler et on prend le temps de répondre à un projet sérieux, afin que l’initiateur de ce dernier puisse recevoir de bons conseils / retours et soit mis sur le devant de la scène.

* * * * *

Ces petits gestes peuvent vous permettre de continuer à utiliser Internet et les médias de façon à peu près normale.
En plus, cela vous permet de continuer à acheter à très bas prix (sauf, encore une fois, si vous êtes un profiteur), non plus spécialement auprès des magasins (par contre oui, on évitera La Fnac… HADOPI oblige), mais auprès des particuliers. L’économie ne sera donc pas en berne, vous ferez plaisir à l’HADOPI en achetant légalement, oui mais, zut, les majors ne touchent rien sur les produits d’occasion… c’est bête quand même, non ?

  1. September 22nd, 2009 at 04:00
    Reply | Quote | #1

    Acheter des consoles de jeu d’occasion qui ont 15 ans est bien plus addictif que la plupart des jeux récents. Les limitations techniques de l’époque sont largement comblées par le gameplay (ceci venant de quelqu’un qui joue aux jeux video une fois par an grand maximum).

    Sinon, aller aux concerts c’est toujours sympa.

  2. September 23rd, 2009 at 15:35
    Reply | Quote | #2

    Autre moyen d’écouter de la musique en court-circuitant Hadopi : la radio. On a le droit d’enregistrer n’importe quelle musique diffusée à la radio (ou sur une webradio, en espérant qu’elle paye ses redevances). Certaines radios permettent aussi d’écouter les musiques en différé (radio france, même s’ils utilisent le format RealMedia qui est assez énervant à lire) ou de podcaster des émissions.

  3. Poulpette
    September 27th, 2009 at 14:13
    Reply | Quote | #3

    lda → Oui, j’avoue que niveau gameplay on faisait bien mieux avant, du moins c’est l’impression que j’ai.
    Enfin on en a des bons encore aujourd’hui, mais j’ai le sentiment que l’on se repose plus facilement sur les moyens techniques évolués dont on dispose pour délaisser le background, et c’est dommage.
    Avant, il fallait innover par le gameplay, le background. Aujourd’hui, c’est à qui aura un rendu graphique qui claquera le plus…

    wetneb → Pas bête en effet.
    On peut aussi enregistrer les films, émissions et reportages qui sont diffusés à la télévision ou sur les chaînes 100 % en ligne. Après tout quand on regarde un film ) la télé il n’est jamais précédé de la mention restrictive concernant le non droit de copie, mention qui est par contre présente sur les VHS, DVD, etc.

  4. June 8th, 2010 at 10:30
    Reply | Quote | #4

    Heureux de constater que j’applique déjà les 3 premiers gestes!
    Je n’ai jamais utilisé de réseau P2P (je sais même pas comment ça marche!), j’achète CD et DVD aux particuliers, je suis revenu aux jeux Megadrive de mon enfance et l’édition DVD pourrave du film d’animation chinois “Le Roi des Singes” m’a convaincu de revenir à la VHS… et du coup, de chercher des films jusqu’alors jamais réédités en DVD!

    Certes, il y a un petit côté “c’était mieux avant” dans tout ça, mais c’est si bon de défricher des terrains encore inconnus et de tomber sur des OVNIs qu’on ne pourrait même plus concevoir à notre époque, qu’ils soient musicaux, cinématographiques ou vidéoludiques!