XXIe siècle :  communique-t-on réellement plus ?

Petit billet d’humeur en rapport aux quelques interrogations que je me pose quant à la communication de nos jours, et aux rapports sociaux de façon plus générale.

À l’heure de la mondialisation, le terme « communiquer » est dans toutes les bouches : on communique une information, on communique par téléphone, on communique par Internet, … Nous sommes en quelque sorte entrés dans le siècle de la « communication », de l’échange et du partage. Mais est-ce finalement vraiment le cas ?
Avec l’émergence de l’Internet grand public, il est clair que le partage est omniprésent. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons qui poussent les grands de ce monde à diaboliser cet outil de partage, d’échange(s) (car après tout, c’est à cela qu’il sert), car n’oublions pas que les internautes ne partagent ou n’échangent pas, ils « piratent » (mille millions de mille sabords…).

Mais là n’est pas le sujet. Ce qui m’intéresse, c’est avant tout le terme « communication ».
Il m’intéresse car j’ai l’impression qu’avec la mise en place de l’Internet Haut Débit et du web 2.0 ce terme a été réduit à sa forme première, à savoir :

v. tr. – 1 (1557) Faire connaître (qqch.) à qqn.

Il semblerait que les gens n’aient plus que 3 moyens de communication (allez, disons 4) :

  • L’IRL (ou DVR, parce qu’on est en France ici, flûte). Je pense que cela reste quand même le moyen de communication numéro 1… et encore heureux !
    Pas grand-chose à dire sur celui-ci, il est naturel, donc inutile de disserter.
  • Le téléphone. Ce dernier est plutôt le « allez, disons 4 » que j’évoquais plus haut. En effet, il reste un moyen de communication incontournable, mais j’ai l’impression (peut-être fausse d’ailleurs) qu’il est quelque peu délaissé par les particuliers avec l’émergence de l’Internet Haut Débit (pour les rapports privés tout du moins, car côté professionnel, je pense que c’est encore différent). Délaissé car il semble qu’il soit devenu naturel de correspondre par le biais d’Internet lorsqu’une certaine distance géographique est observée.
    S’il était possible auparavant de mettre ça sur le dos des tarifs des opérateurs téléphoniques, ce n’est plus trop le cas aujourd’hui puisque ces mêmes opérateurs proposent à présent des forfaits avec appels illimités vers plusieurs destinations lointaines.
  • MSN. Ah, celui-là… c’est un incontournable. Tout le monde s’y retrouve pour papoter des heures… mais bien souvent, c’est pour ne rien dire. On en finit par se demander pourquoi ce protocole est si chronophage, hypnotisant presque.
  • Facebook. Le petit dernier que tout le monde aime chouchouter !
    Eh oui, « inutile, donc indispensable » comme qui dirait. Vous y racontez votre vie, mais de façon superficielle bien sûr (sinon ce ne serait pas intéressant). Vous publiez vos photos, mais surtout, vous vous délectez de celles de vos contacts… souvent des personnes que vous n’avez vues que quelques fois. D’ailleurs vous prendrez soin de laisser une page de votre navigateur ouverte sur votre Home Port (oui, la seule utilité que j’ai trouvé à Facebook, c’est de pouvoir mettre l’interface en “English (Pirate)”, ce qui est quand même assez rare et marrant pour être utilisé !), page que vous réactualiserez plusieurs fois par heure pour voir si personne n’a « communiqué » de nouvelles données.

Aujourd’hui, si vous n’êtes ni sur MSN, ni sur Facebook, non seulement vous n’êtes pas dans le coup, mais en plus vous disparaissez purement et simplement de la circulation.
Si vous n’êtes pas en mesure de voir vos relations IRL, alors c’en est fini de vous, on vous oublie.

Lorsqu’Internet a débarqué, le courrier postal est devenu ringard (pourtant, je ne vois pas en quoi cela fait rétrograde…). On lui préférait le mail, « plus rapide, et moins cher ». Soit, mais dans ce cas pourquoi ne plus l’utiliser ?
Ce n’est pas parce que l’on ne se trouve pas sur les réseaux sociaux ou les protocoles de messagerie instantanée que l’on devient injoignable : les mails, eux, sont toujours là.

Combien de fois ai-je entendu « ah, t’as pas Facebook / MSN… » (sous-entendu « on ne pourra pas communiquer alors… »)…
Mieux encore. Lorsque vous ne vous connectez pas sur les messageries instantanées pendant une longue période, et qu’en revenant, vous signalez gentiment que personne n’a donné de nouvelles (ou n’en a demandé), la réponse qui revient le plus souvent est la suivante&#160: « ben ouais j’ai vu que t’étais plus sur MSN… ».

J’ai le sentiment que plus le nombre de moyens de communication augmente, et moins nous communiquons.
Mais après tout, peut-être n’y a-t-il rien à comprendre. Nous ne vivons plus (ou pas, si nous y avons vraiment vécu un jour) dans une société d’échange mais dans une société de consommation. Alors nous « consommons la communication  » également. Les gens se fichent bien de recevoir un long mail (voire une longue lettre) rédigé(e) avec soin ; ce qu’ils veulent, c’est un maximum d’information(s) en un minimum de temps, quitte à ce que ce soit dénué de sens ou de profondeur.

Peut-on espérer que la vapeur se renverse d’ici quelques temps ? C’est en tout cas ce que j’espère.

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4 Responses to XXIe siècle :  communique-t-on réellement plus ?

  1. wetneb says:

    Voilà une analyse plus qu’approfondie 🙂 …
    Effectivement, on constate tous la tendance que tu décris. C’est aussi valable pour l’accès à la culture, à l’information, à la connaissance : on peut avoir tout ça très rapidement, mais notre attitude peut rester très volubile et superficielle.

    Malgré tout, j’ose espérer que c’est surtout une nouvelle manifestation d’un phénomène déjà établi… Les personnes qui utilisent les technologies comme tu le décris auraient peut-être été si “légers” dans leurs conversations IRL s’ils n’avaient pas eu accès à MSN & Co.
    Mais c’est pas sûr.

    Ou alors, peut-être que l’apparition de MSN et Facebook est encore trop récente pour que les échanges aient eu le temps de mûrir. Avec un nouveau moyen de communication, on a vite tendance à “communiquer pour communiquer”, donnant lieu aux échanges creux dont tu parles. Des tas de gens utilisent actuellement les mails pour avoir des échanges tout à fait consistants, alors qu’au début il devait surtout y avoir des messages plus ou moins utiles.
    La technologie évolue très vite, mais les mœurs ont une certaine inertie…

  2. Ejis says:

    Salut,

    bon, je ne vais pas faire une dissertation (je garde mon énergie pour mes futurs articles), mais le dernier paragraphe de wetneb est similaire à la conclusion à laquelle je suis arrivé.

    Actuellement, les gens découvrent leur joujou, mais apprendront à leurs dépends comment doser cet enthousiasme qui les pousse à prêter leurs personnages au réseau pour les façonner à l’image de ce que la masse demande.
    Pour moi, c’est plus qu’un simple danger pour la vie privée : c’est une altération profonde du moi, qui n’a jamais connu de telles proportions sur le Web. Et quelque chose me dit que tout ce côté malsain du réseau les dépossèdera d’une partie d’eux-même, dans des proportions dépassant le simple pseudonyme.

    Internet est passionnant, sociologiquement parlant, car il rend les relations humaines plus transparentes que jamais, et cela s’amplifie avec l’usage imprudent de son identité. On s’amuse de voir la réaction de certains jeunes voyant leurs parents coloniser cet espace qui jadis était le leur. 🙂

  3. Biohazard2 says:

    Hello,

    Une belle analyse que voici, malheureusement vraie sur trop de points 🙂 . J’aurai quand même deux commentaires à faire :
    – “Ce qu’ils [les gens] veulent, c’est un maximum d’information(s) en un minimum de temps, quitte à ce que ce soit dénué de sens ou de profondeur. ” C’est amha tout-à-fait normal, car le nombre d’informations que l’on reçoit a considérablement augmenté. Simplement ouvrir Google News apporte plus d’informations que n’en recevait un paysan du 17ème en une semaine. Lui aurait donc voulu des infos complètes, bien rédigées, etc. contrairement à nous qui rejetons les informations dès qu’elles sont trop longues à appréhender.
    – IRL reste la méthode préférée pour communiquer, car l’on peut donner un maximum d’informations en très peu de temps, ce que seuls quelques fous du clavier peuvent faire sur MSN ou Facebook.

    Personnellement je téléphone lorsqu’il y a des informations importantes et/ou urgentes à donner/recevoir, je reste en contact par mail avec mes profs et, de façon plus générale, je communique par mails avec les gens que je ne vois pas IRL. MSN n’est utile que lors des grandes discussions (rapports à écrire en groupe ou développement web), parce qu’IRL c’est pas toujours faisable et que le téléphone, ça coute cher. En ce qui concerne Facebook, n’en parlons même pas. Peut-on réellement dire qu’il y a communication ?

    Voilà pour ma réaction à chaud.
    Biohazard2

  4. Ejis says:

    Bruce :Salut,
    bon, je ne vais pas faire une dissertation (je garde mon énergie pour mes futurs articles), mais le dernier paragraphe de wetneb est similaire à la conclusion à laquelle je suis arrivé.
    Actuellement, les gens découvrent leur joujou, mais apprendront à leurs dépends comment doser cet enthousiasme qui les pousse à prêter leurs personnages au réseau pour les façonner à l’image de ce que la masse demande.
    Pour moi, c’est plus qu’un simple danger pour la vie privée : c’est une altération profonde du moi, qui n’a jamais connu de telles proportions sur le Web. Et quelque chose me dit que tout ce côté malsain du réseau les dépossèdera d’une partie d’eux-même, dans des proportions dépassant le simple pseudonyme.
    Internet est passionnant, sociologiquement parlant, car il rend les relations humaines plus transparentes que jamais, et cela s’amplifie avec l’usage imprudent de son identité. On s’amuse de voir la réaction de certains jeunes voyant leurs parents coloniser cet espace qui jadis était le leur.

    OMAGAD, j’étais en mode « auto-satisfaction récursive » ! XD

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